Circuit Gilles-Villeneuve Proposition préliminaire (hors-concours)
En collaboration avec Swell Chevalier
1 avril 2026
CIEL, PIERRE ET NICOLAS
L’action se passe en 2067. Nicolas célèbre son cinquantième annivesaire, mais ce qui retient son attention, ce sont plutôt les festivités qui se déroulent autour de lui : les célébrations qui soulignent le centième anniversaire d’Expo 67.
Il se souvient du premier jour où il est venu ici. Le 4 février 2027, je crois. Malgré le froid, avant que tout cela ne disparaisse, Pierre, son grand-papa, tenait à lui montrer les lieux, et à lui raconter tout ce qu’il y avait vécu. Mais ils y trouvèrent un lieu vide, sans âme, presque fantomatique. Le bassin d’aviron gelé, les estrades inaccessibles, les vastes étendues de neige désertes, tout cela le désolait.
Il n’en dit rien. Plutôt, ils se mirent à imaginer ce qui pourrait s’y produire, un monde à construire. Pierre parla de la rue et du parc du Mont-Royal, d’un musée, de salles de bal, de spectacles, de sport entre amis. Nicolas y voyait plutôt des magasins de jouets : échecs, serpents et échelles, camions et grues dans un carré de sable, bien sûr, pistes de course et autos modèle réduit, maisons, abris à sa taille, un monde en petit, pour lui, une ville miniature.
Présente à leur côté, Ciel les écoutait, tenant son fils par la main. Elle parla. « Nous venons de la terre, et en faisons partie. N’oubliez pas la nature, les oiseaux, la montagne, le Chemin qui marche. Nous l’avons déjà assez bousculé ainsi. Ne gâchons pas tout. Agissons avec respect ».
Ce soir, de sa fenêtre, Nicolas contemple tout ça. Il habite ce monde qu’ensemble ils ont imaginé. Il voit bien la foule, toute l’action qui se déroule en bas. La grand-place est bondée : marchands, clowns, cracheurs de feu… C’est l’heure où la lumière change. Devant lui la ville s’illumine et devient bleue, le ciel est orangé. À droite les gradins et même le parterre du grand stade sont pleins, les jeunes en liesse attendent le spectacle de l’année, à gauche en petits groupes, les funambules déambulent, parade ludique vers ce qu’ils appellent, un kilomètre plus loin, la petite montagne.
Cette nuit le musée et la salle de bal seront remplis. Et Nicolas rêve à l’hiver qui vient. Journées de patin, randonnées en raquettes, promenades avec son chien, grogs et chocolats chauds.
On sonne à la porte et Ciel arrive enfin. Contemplant la scène, parlant de la vie, ils joueront à nouveau, comme en 2027, au jeu Serpent et échelles.
Une ville vit 365 jours par année, 24 heures par jour. Elle n’existe pas sans habitat. Notre propositioin est conçue comme un monde qui évolue. Le pourtour de la grand-place, à distance de marche du métro, est conçu de manière à pouvoir accueillir de nouvelles constructions, d’autres usages, diverses formes d’habitat : logement communautaire, ateliers d’artistes, hébergement touristique ou de courte durée, école d’art... C’est le rêve du petit Nicolas : vivre dans cet endroit magique. C’est pourquoi il nous présente l’endroit qu’il a conçu pour habiter, plus tard, avec tous ses amis.
Nous fondons la proposition sur la création de lieux publics afin de soutenir une forme de sociabilité pérenne, et le renforcement d’un sens de la communauté, des lieux de rencontres fortuites ou organisées, au-delà d’une programmation spécifique ou associée à des besoins ponctuels ou immédiats.
Nous portons une attention spécifique aux savoir-faire et savoir-vivre montréalais. Nous souhaitons “exposer Montréal” et recréer sur le site un morceau de notre culture urbaine : une nouvelle place publique et un bout de montagne, à l’image de ceux que nous connaissons et que nous aimons, sont créés aux deux extrémités du site,
L’observation du site et de ses possibilités évoque le jeu “Serpents et échelles”, fil conducteur du projet.
La sinuosité, le caractère lisse en sans aspérité du circuit routier rappellent une forme de glisse, d’organicité. Ils induisent pour le secteur des courbes de Senna la création d’une “petite montagne” : on retrouve ces courbes dans la topographie, les sentiers, l’amphithéâtre naturel et les pistes de glisse.
La mesure de la vie urbaine, le rythme du du pas humain, l’appréciation du temps lent, sont donnés par l’échelle de la ville: la taille des îlôts, la séquence des intersections, les dimensions d’une place publique. L’entrée principale du site reprend ces conventions, la “grand-place” fait office de foyer, de hall, de salon public donnant accès aux divers lieux créés.
Entre les deux, le circuit routier lisse et rapide est doublé d’un parcours lent, rythmé par la présence d’objets ludiques et intrigants qui soutiennent les déplacements actifs et incitent à la promenade, à la découverte et à la déambulation.